Les (mauvais) vins du bocage

J’ai lu dernièrement des extraits d’un rapport écrit en 1831 par M. d’ Avannes sur « la Vendée poétique et pittoresque » de M. Massé, avocat à Nantes. J’ai pensé que certains passages pouvaient en intéresser quelques-uns d’entre nous...

" ... Il est un seul point sur lequel je ne serai pas d’accord avec M. Massé, c’est sur la bonté de son vin ; il y a là véritablement licence poétique, et je déclare que le vin du Bocage est le plus détestable qu’on récolte en France ; je lui tiens d’autant plus rancune, que pour se conformer à l’usage des lieux, j’étais obligé, à chaque métairie que nous visitions dans nos courses vagabondes, de me résigner à boire un coup, et même quelquefois deux, car je savais que refuser ces braves gens c’eût été véritablement les affliger.

À leurs yeux, un refus absolu est une marque de mépris ; boire un second coup est une marque d’estime ; aller au troisième et au-delà c’est témoigner une grande considération dont toutefois je n’ai fréquemment donné de marques qu’à un vieux compagnon de Charette honorablement signalé dans les mémoires de Madame de la Rochejaquelein ; on est pourtant forcé de convenir, en avalant ce maudit breuvage, que tout est pour le mieux ici-bas ; car si la Vendée ne produisait que du Chambertin ou de l’Hermitage, mon vieil invalide, débris vivant, échappé à plus de trente combats, serait réduit, avec sa pension de cinquante écus, à boire de l’eau, tandis qu’il charme ses douleurs, et raconte gaiement tous les soirs ses campagnes d’Outre-Loire, en faisant de nombreuses libations de ce nectar à cinq ou six centimes la bouteille. »

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