L’accent de ma mère

Point de vue personnel sur le livre "l’accent de ma mère" de Michel Ragon et publié chez Albin Michel en 1980.

Avant de plonger dans ce livre, je ne connaissais rien de Michel Ragon. J’ignorais l’existence de cet écrivain. Je me suis rendu vite compte que ce monsieur possède un important catalogue à son actif. Pour qu’une bibliothèque publique, nichant de l’autre coté de l’océan, dispose de nombreux titres de cet auteur, il faut que ce dernier soit des plus considéré. Après avoir lu les jaquettes d’une bonne dizaine de titres, je me suis dit que « L’accent de ma mère » serait un choix intéressant pour prendre connaissance de son œuvre. Aussitôt arrivé chez-moi, je me suis installé bien confortablement, me donnant le droit de tourner les 268 pages l’une après l’autre. Deux jours plus tard, j’ai terminé cet exercice qui m’a laissé fort songeur...

Au départ, ce livre est classifié comme une roman. Force est de constater que ce n’est pas le cas. Il s’agit plutôt d’un amalgame de trois essais qui s’entrelasse de manière à former un tout cohérent. Le bouquin débute par la description d’une conversation téléphonique que l’auteur tient avec sa mère. Il se rend compte que cette dernière possède un accent qu’il avait oublié. Suite à cette prise de conscience, il décide de creuser ses souvenirs pour reprendre contact avec ce parlé pour le moins typique. À partir de ce moment, Michel Ragon se sert de sa mémoire pour reculer dans l’espace-temps. Nous sommes transporté à Fontenay, dans les années 20, au creux de l’univers de petites gens qui doivent trimer dure pour gagner leurs vies. Nous apprenons à connaître une demoiselle sans fortune qui aspire à se marier ainsi qu’un monsieur, sous-officier de la coloniale célibataire, revenant de l’Indochine. Quelque temps plus tard, un enfant naît de cette union. . Je vous laisse la joie de découvrir le reste par vous même car notre auteur possède une plume des plus aiguisé.

À ce récit, qu’on peut considérer comme autobiographique, vient s’ajouter une enquête. Notre raconteur fouille les racines du patois de sa mère au point d’y trouver des similitudes avec la langue de Rabelais. Il décrit les origines et les expressions de cette langue imagé qui nous conduit aux portes de la renaissance, en Acadie canadienne ainsi qu’au Québec. Mais il y a plus...

Au travers des méandres de la mémoire de l’auteur, nous réalisons un fantastique voyage dans la Vendée à différentes époques de son histoire. Il y va de son interprétation des mœurs et coutume de ce peuple ce qui explique, d’après lui, certains comportement de sa mère. Au travers de ce regard, il se permet aussi de décrire de grands pans de l’histoire mouvementé de cette région. Il décrit, avec beaucoup de détails, les villes de Fontenay et de Nantes.

Lorsque l’on est une sommité littéraire, que l’on s’identifie à l’ultra-gauche, que l’on habite Paris depuis des lustres et que la soixantaine pointe à l’horizon, il peut-être salutaire de jeter un coup d’œil en arrière. Sans pour autant porter un jugement de valeur, Michel Ragon renoue avec une mère ainsi qu’une région chargé de blessures suite aux affres de l’histoire. Et en plus, il nous fait découvrir un vocabulaire oublié tellement poétique et doux à l’oreille. Pas étonnant que ce bouquin est remporté un prix, lors de sa sortie en 1980, et que l’auteur est décidé d’amorcer un cycle romanesque couvrant les troubles du Grand-Ouest. Il va sans dire que ce livre est un incontournable.

Claude Rouleau

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