Origine et signification du blason de la Vendée

Le symbole actuel du département de la Vendée est toujours au centre d’une polémique : la croix et la couronne n’étant pas vraiment des symboles républicains et laïcs. Quant à la devise, elle est l’objet d’interprétations contradictoires.

Le symbole actuel du département de la Vendée est une ré-interprétation des armoiries créées comme beaucoup d’autres en 1943, sous le Gouvernement de Vichy. Il représentait "Deux cœurs entrelacés surmontés d’une couronne et d’une croix, avec pour devise "Utrique fidelis" ".

Origine : Le double cœur entrelacé est un symbole qui remonte à la nuit des temps. On en aurait retrouvé dans des sépultures gauloises et romaines. À l’origine, il n’est pas donc pas spécifiquement poitevin, toutefois, ce motif semble particulièrement prisé dans la région avant la révolution (nombreuses représentations sur meubles et bijoux). Ce double cœur peut être interprêté comme l’expression de la fidélité réciproque. Mais, surmonté de la croix et de la couronne, comment ne pas y voir une référence claire au soulèvement de 1793 et l’empreinte de Louis Marie Grignon de Montfort qui promut le culte du Sacré Cœur de Jésus dans un bas-Poitou alors fortement imprégnée par le calvinisme ? La devise "utrique fidelis" (fidèle à l’un et à l’autre) engendre diverses interprétations. Qui sont les objets de cette double fidélité ? Faut-il lire "fidèle à Dieu et au Roi" ou "fidèle tant aux vendéens bleus que blancs" ?

Blason 1942

Quel rapport avec les insurgés de1793 ? Le Sacré Cœur était l’emblème que les révoltés de 1793 arboraient à la boutonnière. La plupart des insurgés marchaient derrière les bannières de procession de leur paroisse, très peu eurent le loisir de broder des drapeaux spécifiques. Le symbole actuel de la Vendée n’a jamais figuré sur aucun étendard pendant la révolution. Les auteurs s’expliquent : Voici ce qu’en disent eux-mêmes les auteurs en 1944 (la date a son importance).

L’extrait qui suit (en italique) est tiré de l’ouvrage "Un cœur d’étoffe rouge" de Jean Huguet, (1985). "L’auteur, après avoir donné les explications que l’on connaît sur le cœur vendéen, poursuit ainsi : "…. Agacé par les interprétations erronées qui ne cessaient de courir les revues, les discours et les propos …. Le Directeur des Archives de la Vendée, M. Pascal Lanco, fit publier dans la revue du bas Poitou en 1944 (page 75) une lettre qui souhaitait mettre fin une fois pour toutes, à ces confusions, en précisant le sens exact de la légende dont il était l’auteur (le promoteur du blason lui même aurait été M. Eric Dahl). Nous citons M. Lanco : " Il faut constater que des deux côtés de la barricade, des braves gens se sont trouvés dans les deux partis opposés et, comme l’on doit toujours chercher ce qui unit et non ce qui divise, en ce qui concerne les citoyens d’une nation, cette devise (Utrique fidelis) rappelle parfaitement qu’ont également, et souvent héroïquement, versé leur sang pour le drapeau sous lequel ils étaient enrôlés, les blancs et les bleus, les royalistes et les républicains, les Chouans aussi bien que les patauds : Utrique Fidélis. " //...en dehors d’un très petit cercle qui, s’élargit, l’interprétation du blason et de sa légende sert toujours d’idéologie conservatrice de la Vendée, dont la faculté d’appropriation témoigne de sa vigueur vengeresse. " Un cœur d’étoffe rouge - Jean Huguet - 1985.


Nous serions tenté de dire que Monsieur Lanco est bon diplomate (nous sommes en 1944, rappelons-le) . Au détours de formulations torturées, il tente de se dédouaner des idées de fidélité à la Monarchie et à la Religion. Il faudrait chercher longtemps les symboles de "réconciliation " entre Blancs et Bleus dans ce blason. Car, que donne t-il au parti républicain en contrepartie de la figuration de la couronne royale et de la croix ? Les descendants des républicains ne peuvent se reconnaître dans cet emblème dont les références sont toutes, sinon contre-révolutionnaires, du moins pro catholiques et royales. Car, surmontée de la croix et de la couronne, la devise "Utrique fidelis" ne peut être interprétée que dans le sens que nous lui connaissons ( fidèle à Dieu et au Roi), et cela même si l’auteur s’en défend.Il faut se replacer dans le contexte de 1944 pour comprendre les raisons de ce triturage sémantique. Nous sommes d’accord sur le commentaire de Jean Huguet concernant " la faculté d’appropriation qui témoigne de sa vigueur vengeresse". Tant que l’histoire officielle n’aura pas rendu justice à la Vendée, il existera un différend entre une partie de la Vendée et la République

Lundi, 14 Février 2005 07:06

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