Non à la grammaire pondue par les érudits poitevins !

Sur Troospeanet, nous sommes quelques uns à soutenir que le patois ne s’écrit pas. Oui, nous avons bien dit "patois" et non "Parlanjhe". Ce dernier terme est d’ailleurs méconnu dans le bocage.

Il a été promu par quelques érudits, les mêmes qui ont érigé une académie de la "langue poitevine" avec sa grammaire et son orthographe. Sans vouloir polémiquer (ou alors si peu), il est intéressant de constater que les ardents propagandistes de la "langue poitevine" se retrouvent toujours du même côté de l’échiquier politique. Les héritiers du radicalisme du début de ce siècle ne tarissent plus d’éloges sur les vertus des langues régionales, eux qui les ont pourtant férocement combattues au nom de l’unité nationale. Hier, seuls les arriérés parlaient des "patois", aujourd’hui, on encense les particularismes régionaux. Encenser , voire même transcender !

Et pour accréditer l’idée d’un langue bien spécifique , on invente une orthographe dont la vertu première est de rendre plus ésotérique le texte écrit. Ainsi, le quidam sera d’autant plus convaincu d’être en présence d’une véritable langue. Idem pour les traductions : on emploiera systématiquement un synonyme si le mot patois a une consonance trop proche de son équivalent français. Loin de nous l’idée de dénigrer notre langue maternelle, bien au contraire. Mais, quand on commence à consigner un parler local dans des ouvrages, c’est que l’on pressent sa fin proche. Nous ne voulons point de ce genres de funérailles, surtout si la cérémonie a été préparée par les enfants des assassins.

Notre patois est la survivance de l’une des innombrables langues romanes nées dès le haut moyen-âge (1) . Comme les autres langues, il n’est pas resté figé. Certains linguistes estiment cependant qu’il existait dans une forme assez proche de notre patois actuel, dès le XIIème siècle. En ces temps-là, ce qui allait devenir plus tard la langue française, n’était qu’un idiome parmi tant d’autres. Si le patois ne s’écrit plus depuis bien longtemps, on sait qu’il l’a été. Ne serait-ce que par le Roi Richard Cœur de Lion qui composa des poèmes dans sa langue maternelle. Mais, aux temps de l’Amour Courtois, seul le latin était jugé digne de consigner les actes officiels et les textes sacrés. Pour écrire le parler vulgaire, chacun devait se composer une orthographe. En 1539, l’ordonnance de Villers Cotterêts imposa l’usage du français pour le jugement et les ordonnances des tribunaux. Mais de quel français s’agissait-il ?

Un siècle plus tard, les 3/4 des émigrants vers la Nouvelle France ne parlaient pas un mot de ce français officiel. Sur le forum Troospeanet, nous mettons donc un point d’honneur à ne pas user de cette grammaire pondue par les érudits poitevins. Chacun sait que "tio-là" ne se prononce pas comme en français. En l’occurrence, ce "T" est assez proche du "T" de l’argot parisien. Mais en réalité, c’est la transcription phonétique du "c" italien, lequel se prononce "tché". Pardon, mais c’est ainsi. A l’académie du parlanjhe, on écrira "çhau", nettement moins évocateur pour un poitevin qui ne sait lire que le français.

Le rédacteur de ces lignes a d’ailleurs acheté un ouvrage rédigé en "parlanjhe ", avec traduction française. Il lui fallait lire le texte français pour comprendre quel était le mot patois qu’il n’avait pas su déchiffrer. Alors qu’une orthographe plus proche de la phonétique française aurait résolu tous ses problèmes. C’est ainsi qu’on se fabrique ses chapelles.

NB : vous pouvez consulter notre dictionnaire de parler vendéen et participer à sa rédaction.

 

Lire également un texte de Valentin Roussières sur ce sujet

(1) Au cours du colloque international organisé par l’Université des Sciences Humaines de Strasbourg, l’italien Arrigo Castellani soutient que les serments (842) sont écrits en poitevin, alors langue nord-occitane
  L’ancien poitevin et le problème linguistique des serments de Strasbourg, in Les dialectes de France au Moyen Age.

 

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