Nul n’est prophète en son pays

Le témoignage de Vincent : "Anecdotes : Lors de mes nombreux déplacements, tant en France qu’à l’étranger, j’ai eu l’occasion de parler de là où j’habite... Il est amusant et révélateur de constater la différence entre les réponses selon qu’elles viennent de France où de l’étranger."


En France, (c’est-à-dire à Paris...) la Vendée, dans les têtes (c’est-à-dire dans celle des "intellectuels"), est restée celle de Michelet : un tas d’abrutis toujours enclins à être réduits en servitude par le premier noble ou le premier curé de passage. N’est ce pas ainsi qu’on les a envoyé au front comme chair à canon, en 1914 ? Au mieux daigne-t-on venir dans leur campagne pour leur côte, et les plus courageux (à moins que ce ne soient les plus intégristes ?) iront se risquer jusqu’au symbole qu’est le fief du Maître, c’est à dire le Puy du Fou. Et quand les vendéens votent, à droite naturellement, c’est bien sûr par aveugle soumission : le vendéen n’est bien sûr pas capable d’extirper, de la léthargie éthylique dans laquelle il est sempiternellement plongé, une opinion politique réfléchie...

J’exagère à peine : en en parlant dans mon école lilloise (de 2001 à 2004), je suis devenu "le chouan", qualificatif faux (la chouannerie a eu lieu au nord de la Loire sous l’impulsion des nobles, tandis que les vendéens sont des paysans du sud de la Loire qui se sont révoltés et qui ont "réquisitionné" les nobles pour marcher à leur tête) mais néanmoins habituel pour désigner avec une pointe d’ironie hautaine le pauvre bougre trop susceptible lorsqu’il s’agit de rallumer la flamme des soldats deux fois inconnus qui furent ses ancêtres.

Autre son de cloche à l’étranger :
Lors d’un rassemblement européen du côté de Vézelay, en Bourgogne, j’allais exercer mes premières bribes de polonais au contact de compatriotes de Lech Wałęsa et Karol Wojtyła. Dans la discussion ils me demandent d’où je viens. "Vendée", naturellement, ils ne connaissent pas, alors j’essaie de leur expliquer, "entre Bordeaux et la Bretagne"... Vendée, quoi... "Aaa, Wendea !!!" ("Aaah, [vèndéa])... Vous avez bien compris... la Vendée est connue hors de nos frontières, et certainement plus qu’en France pour ce qu’elle est vraiment.

Je me suis alors souvenu d’Aleksandr Soljenitsyne, le 25 septembre 1993 aux Lucs sur Boulogne, l’"Oradour vendéen", disant que sa jeunesse avait été peuplée de livres racontant la lutte héroïque de nos ancêtres mort pour la liberté... Lénine n’aurait il pas dit un jour qu’il voulait beaucoup de Vendée ? Et les exemples ne manquent pas...

A l’heure où la France, "pays des Droits de l’Homme", dit vouloir se réconcilier et accueillir celui qui vient d’ailleurs, peut-être faudrait-il déjà accueillir ses propres enfants... Le vendéen est fier d’être avant tout français, encore faudrait-il que la France soit fière de son... "héritage vendéen".

 

Vincent
Jeudi, 30 Juin 2005 19:30

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