Considérations d’un Vendéen moyen sur les guerres de Vendée

L’identité vendéenne procède des événements qui se sont déroulés sur son sol de 1793 à 1795. Voici les considérations d’un "vendéen moyen" sur ce que d’aucunes consciences éclairées nomment "Le mythe fondateur".

100 000 ? 250 000 morts ? On ne va pas chipoter sur les chiffres : les estimations varient selon les historiens. Mais un constat : les manuels d’histoire sont peu diserts sur les guerres de Vendée. Tout au plus figurent-elles comme anecdote pittoresque entre l’étude de la Convention et du Consulat. Les illustrateurs s’en donnent à cœur joie, en s’inspirant largement de l’iconographie romantique : le poitevin ou l’angevin de 1793 se voit travesti en breton de 1850, portant le bragou-braz et affublé à l’occasion de peaux de bêtes. Faisons dans le sauvage et le fanatique. Une bonne iconographie impressionne mieux les jeunes cervelles qu’un long discours.

La révolution bourgeoise
Dans le meilleur des cas, on excuse les révoltés, "tombés sous la coupe de prêtres réactionnaires" et de nobles "avides de recouvrer leurs privilèges". Or, il s’agissait bel et bien d’un authentique mouvement populaire et anti-bourgeois. Et si des nobles ont dû assumer le commandement, c’était rarement de gaieté de cœur. On requérait d’eux -sous peine de mort à l’occasion- qu’ils fassent leur métier, celui de la guerre. Leurs privilèges n’étaient-ils pas nés aux temps féodaux d’un échange de services pour palier la déliquescence de l’Etat ? Côté croquants, ces services se déclinaient en une multitudes de "prestations" en échange de la protection, souvent toute théorique, du haut justicier local. "Ben, not’ Monsieur, puisqu’on a promis de venir nous "égorger dans nos cam-paaaagnes", faites donc ce pour quoi en vous a entretenus pendant de si longs siècles".

Pourquoi la révolte en Vendée ?
Parce que la révolution, née d’initiatives bourgeoises (hé oui), ne profita qu’aux bourgeois. Seuls les nantis ont pu acquérir les "biens nationaux" et s’enrichir sans vergogne au nez et à la barbe des culs-terreux. "De quoi se plaignent-ils ? Ne leur apportons nous pas "la lumière des idées nouvelles ". Cette même bourgeoisie qui paradait en bel uniforme de la Garde Nationale, mais qui voulait envoyer le menu peuple se battre sur les frontières, tandis qu’elle même resterait au pays. Cette fameuse "levée des 300.000 hommes", contribution humaine imposée pour combattre aux frontières de l’Est et du Nord. Si on y ajoute la chasse aux prêtres réfractaires, la coupe était pleine.

"Le chemin de la tuerie"
Dans les manuels d’histoire, on présente la Vendée comme une exception, alors que les deux tiers des départements étaient en état insurrectionnel contre la Convention. "L’exception" de la Vendée, c’est qu’elle a su s’organiser et remporter d’importantes victoires. C’est pourquoi la Convention a voulu la châtier de manière exemplaire : la troupe a reçu l’ordre de massacrer systématiquement tous les habitants : femmes, enfants, vieillards. Les témoignages les plus fiables proviennent encore de soldats républicains écœurés par cette boucherie. La toponymie vendéenne en a gardé les traces : "chemin de la tuerie", "champ du massacre" etc. Pour qualifier cette vaste épuration, la convention inventa un mot nouveau, le "populicide", censé refléter la rigueur scientifique de l’opération.

Échangerait un Capet contre un empereur
Et si la Contre-révolution l’avait emportée ? Après la prise du Mans, l’armée Vendéenne n’était qu’à quelques jours de marche de Paris, tandis que les plus proches armées républicaines étaient aux frontières. Hé bien, ça n’aurait rien changé à l’histoire de France. Parce que 15 ans après avoir coupé la tête du roi, tout le monde criait "Vive l’Empereur !". Et les révolutionnaires qui ne sont pas eux-mêmes passés à la guillotine ( y’a quand même un semblant de justice ) se pressaient pour recevoir les titres de barons d’Empire. Puis il y a eu la Restauration, et puis encore la république (on s’y perd un peu), un président empereur, et finalement la République pour de bon. Combien y a-t-il de monarchies dans cette Europe qu’on va tout de même finir par faire un de ces jours ? Les citoyens (pardon, les sujets) tant Britanniques, qu’Espagnols, que Belges etc... ont-ils quelque chose à nous envier en terme de libertés ? Les milliards envolés d’une certaine banque nationalisée ont comme un air de déjà vu : les "pensions" mirifiques octroyées par les libéralités royales. Le Cardinal de Rohan et son collier offert à Reine auraient été -parait-il- l’un des détonateurs de la révolution. On a vu dans les années 90 que la cassette d’un monarque-président et les caisses de l’Etat ne faisaient qu’une. Et d’y puiser à pleines mains pour financer les menus plaisirs des plus fidèles courtisans.... en tout cas, y’en a un qui doit toujours quelque chose comme 10 Euros à chaque français. Il y a des couperets qui sont tombés pour moins que ça. Le peuple de France, qui se prétend le plus prompt à châtier l’iniquité, semble avoir raté là une bonne occasion de s’insurger.

Ces "Louis" qui ne nous ont pas toujours aimés
Quand des voix s’élèvent en Vendée ou en Anjou afin de réclamer pour leurs ancêtres un strapontin dans l’histoire (ou un prie-Dieu, si vous tenez absolument à faire de l’humour) on leur objecte : " Croisades des Albigeois ", " Saint Barthélemy". Il est vrai que ces événements sont largement commentés -et c’est bien normal- dans les livres d’histoire. Mais avec une insistance suspecte et en oubliant soigneusement les précédents contraires à la thèse défendue. Quid des "michelades" de Nîmes ? Autant d’événements qui sont pourtant sans commune mesure avec ce qui suivra deux siècles plus tard en Vendée. Mais sur ce point, motus. Les leçons d’histoire tendent vers un seul but : démontrer que tout ce qui précède la Révolution Française n’est qu’une longue période d’obscurantisme et de fanatisme religieux. Il coule dans le sens de l’histoire que les derniers reliquats de ces âges des ténèbres devaient être balayés par une prompte et infaillible justice populaire. "Vox populi, vox Dei", n’est-ce pas ? Si des chouans catholiques se font massacrer, ce n’est que justice au regard des crimes commis naguère au nom de l’orthodoxie romaine. C’est oublier un peu vite que la Vendée a été protestante à 80%, quand la France était catholique à 90%. Et Paris à 150 %.C’est ici (et dans les Cévennes) que les dragonnades du Roi Louis XIV ont été les plus sévères.

Tout le monde à Verdun
200 ans après la révolution, et grâce Monsieur Michelet, historien tout dévoué à l’institution républicaine, une image nous colle à la peau : celle de réactionnaires culs-bénis, soumis en toute obséquiosité à leurs "bons maîtres". N’empêche que, lorsqu’il a fallu aller défendre la république en 1914, ce sont les descendants des Chouans que l’on a placés en première ligne. On les savait fiables, bien encadrés par leurs prêtres et habiles combattants. La vertu d’Espérance, inconnue des athées, pouvait leur faire endurer les plus grands maux. Cela ne signifie nullement qu’ils y sont allés de gaieté de coeur.En 1914, les théories militaires de l’Etat Major Français étaient officiellement inspirées des techniques de combats développées par les Vendéens, un siècle plus tôt. Ce ne fut pas le moindre des paradoxes de cette guerre de Vendée : les révolutionnaires manoeuvraient bien en ligne, au son du fifre et du tambour, à la mode des ci-devant de l’ancien régime. Tandis que les insurgés fonçaient sur l’ennemi, en se couchant à plat ventre dès qu’ils voyaient les canonniers allumer leurs pièces. Ils progressaient ainsi rapidement en limitant leurs pertes. L’état major français de 1900 opta donc pour une technique, proche en apparence, qui proclamait qu’il n’était nul besoin de finasser face à l’ennemi : on lui court sus et on le culbute sous un flot impétueux. Ce qui s’avéra peu probant à Verdun où l’Etat Major allemand s’était promis de saigner à blanc l’armée française. En 14/18 les vendéens et les Bretons sont ceux qui ont le plus donné de leur sang. Sans oublier les noirs, autres contributeurs de chair à canon. Et puis, avec un peu de chance, les boches allaient achever le travail des colonnes républicaines de 1793.

Dans le village de mon grand-père (ci-contre) 130 hommes sont partis pour le front, seule une petite poignée en est revenue, le plus souvent estropiés. Comme si la Vendée n’avait pas été suffisamment saignée un siècle auparavant. L’inventaire des biens du clergé de 1906, avait failli remettre le feu aux poudres. Quelques années avant de monter sur le front, notre grand-père Chauvet avait vu les hommes assemblés devant l’église de Montournais pour s’opposer à l’intrusion du commissaire priseur escorté de gendarmes. Le pataud devait même fouiller le Tabernacle. De quoi frapper durablement l’esprit d’un môme. Pourtant, on partit au front sans rechigner. En ce temps là, chacun voulait faire assaut de patriotisme, radicaux comme cléricaux. Mais la forte contribution des arrières petits fils de chouans à la guerre de 14/18 n’a pas été spécialement valorisée (1). Sait-on qu’il faudra attendre 1950 pour que la Vendée retrouve son niveau de population du début du siècle ?

On pourra toujours me demander, goguenard, "Oui, mais toi qui te réclames de tes ancêtres, est-ce qu’au moins tu peux affirmer que l’un d’eux a péri pendant la révolution ? ". "Oui ", mais on n’a pas de vrais détails, seulement des bribes de tradition orale familiale. Et des extraits d’État Civil laconiques : " disparu pendant les émeutes de 1793". La seule action antirépublicaine glorieuse certifiée d’un de nos ancêtres se résume à une rixe entre notre arrière-arrière grand-père Chauvet et.. Georges Clemenceau. Mais je doute que cela compte. Ils étaient âgés respectivement de 7 et 11 ans. Et puis, entre nous, la politique n’avait rien à voir là-dedans. Le petit Clemenceau avait garoché des pierres aux bœufs de notre aïeul. Ce qui lui valu un bon coup de trique.

Jacques Chauvet
Jeudi, 03 Février 2005 19:22


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Illustrations : les deux photos sont de 1915. Plus haut, notre grand-père mobilisé. En bas, son grand-père, né en 1837 avec une marchande de draps (La Patrie, Meilleraie-Tillay, Vendée). C’est lui qui donna à goûter de son "agllin" à ce fripon de Georges Clemenceau.
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(1) En octobre 1999, le Conseil Général de Vendée a organisé une exposition intitulée "14/18 La Grande Guerre des Vendéens " . Voici quelques chiffres concernant la Vendée 22 000 morts, soit 35% du nombre des combattants levés sur le département....La moyenne nationale est de 28%. 7 "points" de + sur une base de 28, cela fait + 25%. La Vendée devra encore attendre jusqu’en 1950 pour combler le déficit créé par la première guerre mondiale ( 18 000 veuves, des milliers d’orphelins). Autre point intéressant au niveau national, la répartition des pertes par "secteur d’activité", comme on dit aujourd’hui : Les paysans représentaient 30% de la population active, mais avec 700 000 morts, ils ont contribué à + de 50% au garnissage des ossuaires. Résumons : la guerre de 14 à touché tout le monde, mais plus spécialement la paysannerie, et celle de l’Ouest en particulier.

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