Le Vendéen type

Un "portrait du vendéen type", d'après un "l’Album Vendéen". Texte d’Albert Lemarchand. Quelques jolis clichés.


Le Vendéen descend de ces anciens Pictes qui occupaient une partie de l’ Aquitaine et cultivaient librement leurs terres au temps de Jules César. Comme le Breton, qui peut lui être assimilé sous tant de rapports, il a gardé à travers les vicissitudes des siècles et les transformations sociales, une forte empreinte de son origine. Aujourd’hui encore, le génie de l’agriculture et l’amour de l’indépendance sont deux traits distinctifs de son caractère ; il y a en lui du Celte et de l’Ibérien, de l’homme du nord et de l’homme du midi, nous parlons ici particulièrement de ll’habitant du bocage.

Sa figure, encadrée de longs cheveux bruns ou noirs, est le plus souvent pâle, mais les lignes en sont vigoureusement accentuées. Son regard a de la profondeur et de l’éclat, son nez est arqué et effilé, sa taille tient celle du milieu entre les petits montagnards de Béarn et celle des grands paludiers de l’ouest. Ses membres n’ont rien d’herculéen, mais sa constitution n’en est pas moins robuste, et grâce à la vie sobre et laborieuse qu’il s’impose, les plus rudes fatigues ne l’effraient ni ne l’ énervent.

Ses moeurs sont pures, ses habitudes simples, ses sentiments nobles et élevés, ses affections stables, ses promesses sacrées. C’est l’homme du devoir par excellence et il pourrait prendre pour devise cette belle parole de Bibard de la Tessoualle, qui semble empruntée au blason de quelque chevalier du moyen âge : « je ne désemparerai jamais ».

Mais il est défiant, sauvage, taciturne ; il s’alarme de tout ce qui est nouveau et redoute l’étranger. Isolé au milieu d’un pays aux aspects sévères, dans ses champs bordées de haies touffues, ou au fond des gorges agrestes de ses vallons, il est ordinairement sérieux et mélancolique. Ses chants même ont quelque chose de languissant et de plaintif, soit qu’ils glorifient quelque saint vénéré dans un pieux cantique, soit qu’ils rappellent à quelque jeune mariée dans une longue série de couplets, tous les sacrifices auxquels elle doit se résigner, soit qu’il gourmande ses boeufs, Châtain, Rougeau, Moreau et Charbonnier, dans un refrain monotone dont il berce ses ennuis en conduisant sa charrue.

Ses impressions sont fortes et tenaces, il oublie difficilement et le malheur qui ne fait que glisser sur certaines organisations, creuse en lui des traces presque ineffaçables, témoin cette réponse pleine d’une si inconsolable tristesse, que faisait à mademoiselle Lucie de la Rochejacquelein un vieux soldat de l’armée de Bonchamps, auquel elle demandait un des airs de son village : « j’ai eu tant de misère, mademoiselle, lui disait-il, que j’ai perdu mes chansons ».

Nul ne porte plus haut que le Vendéen l’amour du sol natal. Il ne quitte sa ferme et ne perds de vue le clocher de sa paroisse qu’avec un douloureux serrement de coeur, et les plus pauvres monuments de ses campagnes, les calvaires les plus frustres, les chapelles les plus délabrées conservent son respect, jusque dans la poussière de leur ruines. « J’ai vu dans la paroisse de Melay, dit un auteur qui ne comprenait rien à la simplicité vendéenne, un vieux Saint Pierre de bois, que le temps et les vers n’avaient pas respecté, remplacé par un Saint-pierre de marbre, exciter les regrets et les murmures des paroissiens

Le Vendéen n’ignore pas qu’il y a de splendides régions où l’horizon est plus vaste, le ciel plus bleu, la lumière plus éclatante, que dans son humble patrie, mais il sait aussi , que Dieu a donné à chaque contrée sa beauté, visible ou latente, sa poésie rayonnante ou voilée.

 

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